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Comment répartir l'equity de vos premiers salariés ?

Dosez l'equity de vos premières recrues pour attirer des talents sans assécher votre trésorerie. Appliquez les repères d'Altman et le cadre légal des BSPCE.

Ember8 min

Structurer l'equity et la rémunération fixe de vos tout premiers collaborateurs représente l'une des décisions de gouvernance les plus déterminantes pour un fondateur. En trouvant le bon équilibre, vous alignez des profils d'exception sur la valeur d'entreprise à long terme, sans assécher votre trésorerie opérationnelle. En cas d'erreur, vous risquez soit de diluer prématurément votre table de capitalisation, soit de passer à côté de talents qui exigent une participation tangible à la création de valeur future.

Pour concevoir les packages de rémunération de leurs premières recrues, les fondateurs se réfèrent fréquemment aux règles de répartition issues de la Silicon Valley ainsi qu'aux dispositifs d'intéressement européens, à l'image des bons de souscription de parts de créateur d’entreprise (BSPCE) français. Ajuster les attentes du marché aux contraintes de capital suppose de maîtriser à la fois les logiques de distribution de l'equity et les mécanismes juridiques encadrant ces instruments.

L'échelle d'attribution de l'equity : appliquer les repères de Sam Altman

Rejoindre une startup à ses débuts implique une prise de risque financière et de carrière considérable pour les premiers salariés. Dans un essai consacré à l'intéressement au capital, Sam Altman a proposé un cadre de répartition de l'equity indiquant que, comme estimation très approximative de chiffres réels, une entreprise devrait accorder au total au moins 10 % de son capital aux 10 premiers salariés, 5 % aux 20 suivants, puis 5 % aux 50 suivants.

Altman constate que les salariés de startups ne sont souvent pas très bien traités en matière de rémunération en actions au regard du risque assumé. Dans ce même essai, il met en avant quatre dysfonctionnements récurrents :

  1. Des attributions d'actions systématiquement trop faibles.
  2. Des fenêtres d'exercice excessivement courtes lors du départ d'un collaborateur, estimant par ailleurs qu'étendre ces fenêtres d'exercice à 10 ans devrait constituer une priorité selon son analyse sur l'equity des salariés.
  3. Une fiscalité défavorable par rapport aux actions détenues par les fondateurs.
  4. Un manque de transparence sur la part du capital déjà allouée ou mise en réserve.

Altman met également en garde les fondateurs contre la tentation d'invoquer un pool d'options non alloué comme un prétexte rigide pour brader les offres initiales, rappelant que les conseils d'administration peuvent augmenter ces réserves dès qu'ils le souhaitent selon sa réflexion sur l'equity des salariés. Néanmoins, ces paliers de distribution relèvent d'une appréciation personnelle plutôt que d'un jeu de données standardisé couvrant tous les profils de startups. Les fondateurs qui se développent sur fonds propres ou qui versent des salaires fixes proches du marché répondent à des équilibres économiques fondamentalement différents de ceux des jeunes pousses financées par le capital-risque qui préparent des levées de fonds successives.

Si votre stratégie de financement repose sur des instruments d'amorçage comme la dette convertible ou des bons d'investissement, veillez à concilier ces promesses d'embauche avec vos objectifs globaux de non-dilution. Vous pouvez consulter notre guide sur la dilution BSA Air : comment calculer des caps multiples ? pour conserver une vision rigoureuse de votre structure capitalistique.

Recruter les premiers salariés : canaux de sourcing et exigences en capital

Le niveau de salaire fixe et les exigences de pourcentage d'equity dépendent directement de la façon dont vous sourcez vos candidats. Dans une publication sur le recrutement d'une première équipe technique, Harj Taggar détaille les canaux de recrutement pour les premières embauches d'ingénieurs en startup, en classant les réseaux personnels en première position, les plateformes de recrutement en deuxième, suivis des candidatures spontanées ou entrantes, de la prospection directe, des recruteurs, des événements meetups et des agences.

Concernant les 3 premiers recrutements d'ingénieurs, Taggar préconise de s'appuyer exclusivement sur le réseau personnel à travers une boucle de cooptation méthodique, d'après son retour d'expérience partagé par Y Combinator :

  • Dresser la liste de tous les ingénieurs talentueux de son entourage.
  • Échanger directement avec eux pour leur présenter le projet.
  • Leur demander sans détour s'ils envisageraient de rejoindre l'aventure.
  • S'ils ne sont pas disponibles, leur demander qui d'autre ils souhaiteraient recruter et obtenir une mise en relation, en répétant le processus sans interruption.

Les premières recrues issues de cercles proches rejoignent généralement l'entreprise pour sa mission et son potentiel de valorisation, acceptant un fixe inférieur aux standards en contrepartie d'une part significative du capital. À l'opposé, les agences et plateformes tierces présentent fréquemment des candidats qui comparent leur rémunération à celle des grandes entreprises technologiques établies. Ces plateformes facturent par ailleurs des honoraires de recrutement significatifs. Les fondateurs doivent donc évaluer si ces frais fixes de recrutement ne viendront pas contraindre leur politique globale de rémunération.

Comprendre la mécanique des BSPCE en France

Pour les entreprises immatriculées en France ou soumises au droit des sociétés français, les bons de souscription de parts de créateur d’entreprise (BSPCE) constituent le mécanisme de référence pour intéresser les salariés au capital.

Comme l'explique le guide d'Equidam sur l'évaluation des BSPCE, les BSPCE sont des bons spécifiques qui confèrent à leur bénéficiaire le droit de souscrire des actions à un prix d'exercice déterminé à l'avance, le plus souvent selon un calendrier d'acquisition (vesting). Ils fonctionnent de manière analogue aux stock-options : si la valorisation de l'entreprise progresse, le bénéficiaire exerce son bon au prix convenu et cède les actions correspondantes à leur valeur de marché.

Critères d'éligibilité

D'après les explications de Ledgy sur les bonnes pratiques des BSPCE, ces bons ne peuvent être émis que par des sociétés par actions (telles que des SAS ou SA) qui remplissent des critères cumulatifs précis :

  • Être créées en France depuis moins de 15 ans selon le guide Ledgy.
  • Ne pas être issues d'une restructuration ou d'une reprise d'activités préexistantes.
  • Être passibles de l'impôt sur les sociétés en France.
  • Être non cotées ou présenter une capitalisation boursière inférieure à 150 millions d'euros, ainsi que le précise le guide d'Equidam sur l'évaluation des BSPCE.
  • Avoir leur capital social détenu directement et en continu à hauteur d'au moins 25 % par des personnes physiques, ou par des personnes morales elles-mêmes détenues directement à au moins 75 % par des personnes physiques selon Ledgy.

Les bénéficiaires éligibles comprennent l'ensemble des salariés, les mandataires sociaux et, le cas échéant, les membres du conseil d'administration ou du conseil de surveillance selon Ledgy.

Coût et traitement fiscal

Selon le guide complet de SeedLegals sur les BSPCE, l'attribution des BSPCE s'effectue gratuitement, sans aucun coût immédiat pour la société ni pour les bénéficiaires. L'employé ne finance l'acquisition des titres que s'il choisit d'exercer ses bons devenus disponibles.

Sur le plan fiscal, au moment de la rédaction, les BSPCE présentent des atouts majeurs par rapport aux stock-options classiques ou aux attributions gratuites d’actions (AGA) :

  • Absence d'imposition à l'attribution et à l'exercice : ni l'entreprise ni le collaborateur ne supportent d'impôt au moment de l'octroi ou de l'exercice des bons.
  • Fiscalité différée à la cession : l'imposition n'intervient que lors de la vente effective des actions, portant uniquement sur la plus-value réalisée entre le prix d'exercice et le prix de cession.
  • Taux modulé selon l'ancienneté : comme le souligne Equidam, si le collaborateur compte au moins 3 ans d'ancienneté dans l'entreprise, le gain est taxé à un taux forfaitaire d'environ 30 % prélèvements sociaux inclus, tandis que pour une ancienneté inférieure à 3 ans, ce prélèvement global s'élève à environ 47 %.
  • Exonération de cotisations patronales : la société n'acquitte aucune charge sociale patronale sur les attributions de BSPCE, contrairement aux régimes d'AGA, qui déclenchent une contribution patronale.

Structurer l'offre : prix d'exercice, vesting et liquidité

La structuration de l'equity pour les premiers salariés impose d'articuler trois leviers opérationnels : la fixation du prix d'exercice à la juste valeur de marché, les échéances de vesting et les modalités applicables en cas de départ.

Fixer le prix d'exercice

Au regard des règles fiscales françaises, le prix d'exercice d'un BSPCE ne peut être fixé de façon arbitraire. Si la société a récemment bouclé un tour de table en capital, le prix d'exercice par action est généralement aligné sur celui consenti par les investisseurs entrants. Attribuer des bons en dessous de la juste valeur de marché expose l'entreprise à un risque de requalification en salaire déguisé par l'administration fiscale, entraînant l'application de l'impôt sur le revenu et des charges sociales patronales. Lorsqu'un délai significatif s'est écoulé depuis la dernière levée, s'appuyer sur un rapport de valorisation indépendant permet d'établir une documentation justifiable.

Concevoir le calendrier d'acquisition (vesting)

Dans la pratique courante des startups, le calendrier d'acquisition des droits (vesting) s'étend sur quatre ans avec une période d'attente d'un an (cliff). Le collaborateur n'acquiert aucun droit durant les douze premiers mois ; au premier anniversaire, 25 % de l'attribution deviennent immédiatement exerçables, les 75 % restants s'acquérant par tranches mensuelles ou trimestrielles égales sur les 36 mois suivants. Si Sam Altman souligne dans son essai que le plan d'acquisition standard sur 4 ans ne représente pas obligatoirement la meilleure option selon sa réflexion sur l'equity des salariés, ce rythme demeure la norme de référence attendue par les fonds de capital-risque. Il permet de s'assurer que les collaborateurs quittant prématurément la structure ne conservent pas une fraction du capital disproportionnée par rapport à leur contribution dans le temps.

Fenêtres d'exercice et clauses de départ

Les conditions dans lesquelles un salarié sur le départ conserve ses bons doivent être rigoureusement encadrées dans le règlement de plan. Lorsqu'un collaborateur s'en va avant une cession ou un événement de liquidité, il dispose généralement d'un délai défini pour décider d'exercer ou non ses BSPCE déjà acquis.

Comme le rappelle SeedLegals dans son analyse, l'exercice de titres non cotés exige un décaissement financier sans aucune garantie immédiate de liquidité : si un salarié détient 100 BSPCE assortis d'un prix d'exercice de 10 € par action, lever ces 100 bons exige de verser 1 000 € à la société. S'il ne peut ou ne souhaite pas financer cette souscription durant la fenêtre impartie après son départ, les bons non exercés deviennent caducs et sont réintégrés au capital disponible de l'entreprise. Définir des délais d'exercice équilibrés et maintenir une communication transparente évite aux premières recrues de se sentir pénalisées par des contraintes de calendrier.

Aligner les modèles de rémunération avec le plan de croissance

Lors du recrutement de vos dix premiers salariés, vous devrez constamment arbitrer entre la préservation de votre trésorerie et la dilution du capital. Les profils issus de grandes entreprises sollicitent souvent une rémunération fixe plus conséquente, tandis que les profils aguerris à l'écosystème startup privilégient fréquemment le potentiel de l'equity.

Chaque plan d'embauche doit être mis en perspective avec votre horizon de trésorerie (runway) et votre calendrier prévisionnel de financement. Pour approfondir l'articulation de vos budgets opérationnels avec vos jalons de levée de fonds, découvrez les guides Knowledge pour les fondateurs et consultez notre guide pour bâtir un business plan SaaS défendable pour lever des fonds.

Chaque fraction de capital concédée à un premier ingénieur, un designer produit ou un profil commercial représente une valeur considérable sur le long terme. Structurer ces attributions en vous appuyant sur des repères d'allocation reconnus, des outils juridiques éprouvés comme les BSPCE et un calendrier d'acquisition discipliné protège votre table de capitalisation tout en garantissant à vos pionniers une juste rétribution de la valeur qu'ils contribuent à bâtir.

Sources

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