Le 18 août 2026, la Securities and Exchange Commission (SEC) a publié une proposition réglementaire globale intitulée « Regulation Crypto Assets », documentée dans le communiqué de presse 2026-76 de la SEC. Cette proposition introduit deux exemptions d'enregistrement ciblées pour la levée de fonds dans le Web3 : une exemption d'amorçage unique plafonnée à 5 millions de dollars sur une période de quatre ans, et une exemption de levée de fonds autorisant des offres allant jusqu'à 75 millions de dollars par période de 12 mois, selon la proposition de la SEC. Après sa publication officielle au Federal Register le 21 août 2026, la période de consultation publique de 60 jours a fixé une date limite au 20 octobre 2026 sous le dossier réglementaire S7-2026-27, comme le précisent le communiqué de presse de la SEC et la page de réglementation de la SEC.
Pour les fondateurs Web3 early-stage, le constat immédiat s'impose : ces dispositions sont uniquement proposées et non adoptées. Tant que la Commission n'aura pas formellement adopté ces règles, ce cadre demeure strictement préparatoire. Les fondateurs ne peuvent pas réaliser d'offre sous ces exemptions aujourd'hui et doivent continuer à s'appuyer sur les cadres d'exemption existants avec des conseils juridiques qualifiés. Néanmoins, la proposition trace la direction générale que la SEC entend suivre, offrant une grille de lecture utile pour anticiper les feuilles de route de lancement de tokens sur plusieurs années.
Définir les « covered investment contracts »
Le socle de la Regulation Crypto Assets repose sur une frontière juridique précise. Les exemptions proposées s'appliquent spécifiquement à ce que la SEC qualifie de contrats d'investissement couverts (« covered investment contracts »), et non aux crypto-actifs considérés dans l'abstrait. Comme le soulignent les analystes juridiques du Global Fintech & Digital Assets Blog, la proposition sépare explicitement le contrat d'investissement (qui constitue le titre financier ou security) du crypto-actif sous-jacent (qui n'est pas en lui-même qualifié de titre).
Pour être qualifié de contrat d'investissement couvert dans le cadre de la proposition, trois conditions doivent être réunies selon le Global Fintech & Digital Assets Blog :
- Un crypto-actif doit être l'objet du contrat d'investissement.
- Ce crypto-actif ne doit pas être en lui-même un titre financier traditionnel.
- Aucun autre actif que ce crypto-actif spécifique ne peut faire l'objet du contrat d'investissement.
Cette distinction est déterminante pour les fondateurs qui structurent leurs opérations d'entreprise. Les exemptions proposées ne s'appliquent pas aux actions d'entreprise classiques, aux SAFE (Simple Agreements for Future Equity) ou aux obligations convertibles traditionnelles. Une entreprise de logiciels émettant des actions auprès de business angels reste entièrement en dehors du champ de la Regulation Crypto Assets. La proposition concerne uniquement les opérations où la levée de capitaux passe par un contrat d'investissement adossé à un token ou un actif numérique sous-jacent.
De plus, la proposition prévoit un mécanisme de safe harbor permettant à un émetteur d'auto-certifier que son contrat d'investissement couvert a cessé d'exister dès lors que tous les efforts managériaux essentiels promis sont terminés ou ont définitivement pris fin, d'après le Global Fintech & Digital Assets Blog. Bien que la SEC conserve le pouvoir de contester une telle certification, cette voie ouvre une perspective de sortie de la qualification de titre financier lorsque les réseaux atteignent un niveau suffisant de décentralisation.
Le fonctionnement de la « startup exemption » à 5 millions de dollars selon la SEC
La règle proposée 200 (« Proposed Rule 200 ») détaille l'exemption d'amorçage, conçue pour fournir aux projets crypto émergents un cadre simplifié sans formalités administratives excessives, leur permettant de lever jusqu'à un total cumulé de 5 millions de dollars sur une période de quatre ans d'après le Global Fintech & Digital Assets Blog.
Les critères d'éligibilité et les modalités pratiques de l'exemption d'amorçage comportent plusieurs exigences opérationnelles :
- Obligations de dépôt : Avant toute offre, l'émetteur doit déposer par voie électronique un formulaire NOR (notice of reliance) sur le système EDGAR de la SEC, comme l'explique le Global Fintech & Digital Assets Blog. La fenêtre d'offre de quatre ans débute au dépôt du Form NOR et se termine au plus tôt après quatre ans ou à la date où l'émetteur soumet son rapport de transition Form TR, selon le Global Fintech & Digital Assets Blog.
- Calcul du plafond : Le plafond de 5 millions de dollars s'applique à l'ensemble des transactions couvertes pendant la période de quatre ans, et les contreparties non monétaires (y compris d'autres crypto-actifs) sont prises en compte selon la valeur établie par des transactions réelles ou selon une juste valeur reconnue, selon le Global Fintech & Digital Assets Blog.
- Rapports et divulgations : La règle n'impose pas d'états financiers audités, de vérification d'accréditation des investisseurs ni de restrictions sur la revente, mais exige des divulgations narratives sur 10 thématiques distinctes, allant des conditions contractuelles aux facteurs de risque du projet, avec une mise à jour requise dans les 30 jours suivant la fin de chaque année civile en cas de changement significatif, d'après le Global Fintech & Digital Assets Blog.
- Distributions incitatives : Si les airdrops strictement gratuits sans aucune contrepartie échappent totalement au droit des valeurs mobilières, les airdrops impliquant une contrepartie, notamment les tokens distribués en échange ou en incitation à l'usage passé ou futur d'un réseau, peuvent être menés sous l'exemption d'amorçage dans la limite du plafond de 5 millions de dollars, selon le Global Fintech & Digital Assets Blog.
Il est important de noter que les règles d'exclusion pour inconduite (« bad actor disqualification ») calquées sur la règle 262 de la Regulation A s'appliquent à la startup, à ses dirigeants, à ses actionnaires significatifs et à ses promoteurs, selon le Global Fintech & Digital Assets Blog. Les règles d'enregistrement au niveau des États fédérés américains sont largement écartées par préemption dans la proposition, bien que les régulateurs étatiques conservent l'intégralité de leurs prérogatives de répression des fraudes.
La « fundraising exemption » échelonnée à 75 millions de dollars selon la SEC
Pour les projets qui dépassent le stade de l'amorçage, les règles proposées 300 à 307 introduisent une exemption de levée de fonds plus développée, inspirée en partie de la Regulation A, d'après le Global Fintech & Digital Assets Blog. Comme le rappelle la déclaration du président de la SEC Paul Atkins du 18 août 2026, consultable sur le portail des déclarations de la SEC, cette exemption autoriserait des offres atteignant jusqu'à 75 millions de dollars par an.
Cette exemption de levée de fonds s'organise en deux paliers distincts, comme le rapporte le Global Fintech & Digital Assets Blog :
- Palier 1 (Tier 1) : Permet de lever jusqu'à 20 millions de dollars de contrats d'investissement couverts sur une période de 12 mois, avec un plafond de 6 millions de dollars pour les ventes secondaires de porteurs affiliés à l'émetteur, selon le Global Fintech & Digital Assets Blog.
- Palier 2 (Tier 2) : Permet de lever jusqu'à 75 millions de dollars de contrats d'investissement couverts sur une période de 12 mois, avec une limite de 22,5 millions de dollars pour les offres de porteurs affiliés, d'après le Global Fintech & Digital Assets Blog.
À la différence de la startup exemption, les émetteurs qui sollicitent cette exemption de levée de fonds plus importante doivent fournir des états financiers et se soumettre à des obligations régulières de reporting continu, d'après le communiqué de presse 2026-76 de la SEC. Cette structure établit une passerelle entre le placement privé et l'enregistrement public complet, instaurant des cadences de transparence standardisées pour les projets émettant des tokens liquides auprès d'un large public d'investisseurs.
Financer son projet pendant la phase de consultation réglementaire
Étant donné que la Regulation Crypto Assets reste une proposition non adoptée sous les numéros de publication 33-11434 et 34-106150 de la SEC, mentionnés sur la page de réglementation de la SEC, les fondateurs early-stage ne peuvent pas structurer leurs levées actuelles sur ces projets d'exemptions. Suspendre sa recherche de capitaux en attendant que les agences fédérales adoptent leurs textes définitifs est rarement concevable lorsqu'il s'agit de gérer sa trésorerie opérationnelle. Les fondateurs confrontés à un marché du capital exigeant peuvent consulter notre analyse Financement d'amorçage : la réalité derrière les records pour situer le niveau d'exigence actuel des investisseurs.
Pendant que ce cadre suit son parcours administratif, les fondateurs early-stage opérant aux États-Unis doivent évaluer trois approches stratégiques immédiates :
1. Une architecture juridique à deux voies
Les fondateurs séparent couramment la gouvernance de l'entreprise du développement du protocole. L'investissement institutionnel initial peut être mené via des actions traditionnelles ou des SAFE au niveau de la structure juridique sous les règles habituelles de la Regulation D. Les mécanismes de distribution de tokens peuvent ensuite être calibrés au regard des futurs safe harbors réglementaires, permettant d'accéder sans attendre aux capitaux sans déclencher prématurément de passifs liés à une émission de tokens non enregistrée.
2. L'exploration de financements non dilutifs et alternatifs
Les offres de tokens et les tours de table en actions entraînent des frais juridiques et une dilution notables. Lorsque le développement de matériel, les opérations ou la validation du réseau exigent des capitaux avant tout événement de génération de token, des structures de financement alternatives permettent de préserver la table de capitalisation. Examiner des solutions comme le financement basé sur les revenus ou la dette venture offre une marge de manœuvre précieuse sans s'engager dans des dépôts réglementaires incertains ; consultez notre guide RBF ou Venture Debt : quel financement choisir en SaaS ? pour comparer ces options.
3. Rigueur comptable et préparation aux audits
Tant l'exemption d'amorçage que l'exemption de levée de fonds échelonnée imposent une transparence rigoureuse sur la provenance des capitaux, les allocations réservées aux développeurs et les engagements de gouvernance. Régulariser a posteriori une comptabilité désorganisée s'avère particulièrement coûteux. Mettre en place une tenue rigoureuse des documents d'entreprise dès le départ garantit que vos éléments d'audit résisteront aux vérifications, qu'il s'agisse de déposer un formulaire NOR ou un formulaire d'exemption traditionnel. Retrouvez les principes essentiels dans notre dossier Durée de conservation des documents fiscaux en startup.
Préparer votre feuille de route de financement
La proposition de Regulation Crypto Assets de la SEC indique une volonté de clarification des voies de financement pour l'écosystème Web3. Bien que le plafond d'amorçage de 5 millions de dollars et le palier de levée de fonds de 75 millions de dollars offrent une trajectoire logique, selon les termes de la proposition présentés dans le communiqué de presse 2026-76 de la SEC, le fait que ces règles ne soient pas encore promulguées impose une stricte discipline d'exécution.
Les fondateurs ne doivent pas faire dépendre la survie à court terme de leur entreprise de calendriers administratifs incertains. La stratégie la plus résiliente allie une structuration juridique prudente sur des bases éprouvées à des prévisions financières rigoureuses. Pour préparer votre prochain tour, modéliser vos scénarios de trésorerie sous différentes hypothèses de dilution et de calendrier de levée apporte une visibilité indispensable à votre équipe. Ember accompagne les équipes early-stage dans l'analyse de leurs options de financement, qu'il s'agisse de programmes non dilutifs, de subventions ou de scénarios via Finance ta croissance, vous apportant la clarté nécessaire pour prendre des décisions stratégiques avisées avant d'engager votre projet dans des démarches réglementaires.
Sources
- SEC Issues “Innovation Exemption” to Facilitate the ...
- SEC Proposes Tailored Exemptions for Cryptoasset Offerings
- The SEC's 'Innovation Exemption' For Tokenized Stock
- SEC proposes Regulation Crypto Assets (August 18, 2026): a $5 million startup exemption and a $75 million yearly fundraising exemption: source S1
- SEC proposes Regulation Crypto Assets (August 18, 2026): a $5 million startup exemption and a $75 million yearly fundraising exemption: source S2
- SEC proposes Regulation Crypto Assets (August 18, 2026): a $5 million startup exemption and a $75 million yearly fundraising exemption: source S3
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